La mauvaise femme de Marc Pastor

46825Je m’apprête à vous relater une histoire assez sordide, basée sur un fait réel qui a secoué L’Espagne au début du XXe siècle. Nous sommes à Barcelone à une époque où les crimes non résolus pullulent dans les rues sinueuses de cette vieille ville. Logique lorsque l’on sait que la police sélectionne le plus souvent ses enquêtes pour meurtres et autres crimes en fonction de la taille du portefeuille de la victime.

La ville elle-même est loin d’être ce centre touristique que nous connaissons aujourd’hui. Barcelone était alors une vieille dame pleine de cicatrices et de regrets aux mains tachées de sang. En 1911, il s’agissait du sang d’enfants.

C’est là que nous rencontrons Moisès Corvo, un flic désabusé par son métier qui considère que la justice n’est plus qu’une jolie utopie vide de sens. Corvo se réconforte désormais avec les prostituées et l’alcool, menant ses interrogatoires à coup de poing en ignorant toutes les procédures. A priori, tous les ingrédients étaient réunis pour qu’il classe rapidement cette nouvelle affaire de meurtre, le mort étant un pauvre borgne sans famille. Sauf que la victime a été mordue au coup et s’est vidée de son sang. Un crime plutôt inhabituel qui va rapidement éveiller les rumeurs les plus folles sur l’existence d’un vampire, un monstre assoiffé de sang qui arpenterait les ruelles la nuit à la recherche de victimes. Une rumeur qui va vite gonfler avec d’autres faits étranges : des enfants disparaissent sans laisser de trace. Comme il s’agit d’enfants de prostituées, aucune enquête n’est ouverte car les mères des disparus n’osent pas porter plainte et que l’affaire n’intéresse de toute façon pas la police. Mais c’était sans compter sur Corvo qui est comme chez lui dans les bordels de Barcelone. Ses questions vont vite déranger car elles vont révéler des événements à la limite de l’horreur.

mala mujer 2La mauvaise femme est un roman très sombre qui met en scène une véritable criminelle, Enriqueta Martí i Ripollés, connue sous le nom de « la Vampire de Barcelone ». Cette tueuse en série a semé la terreur dans la ville catalane de 1909 à 1913. Parfois comparée à Jack L’Éventreur pour la brutalité de ses meurtres, Enriqueta Martí a réellement été « una mala donna » comme le dit le titre du roman en version originale. Un roman de fiction, donc, mais inspiré d’un macabre fait réel qui a bouleversé la ville de Barcelone. Marc Pastor a tenté de comprendre Enriqueta et son parcours, la limite entre le mythe, la réalité et la fiction est donc très fine.

Ce qui est certain, par contre, c’est que la Vampire de Barcelone n’avait rien d’humain. Mendiante le jour, elle devenait une véritable marquise la nuit, se servant d’enfants pour satisfaire de riches clients ainsi que ses propres vices. En conclusion, une lecture fort sombre, certains passages très durs (toujours lorsque l’on touche aux enfants) et une narration étonnante. En effet, l’histoire nous est contée par un personnage extérieur mais pourtant présent à chaque page comme une ombre menaçante : la Mort. Une Mort qui observe cette enquête avec une curiosité malveillante, fascinée par Enriqueta et l’ampleur de sa folie.

A noter que j’ai lu ce livre en espagnol (traduit du catalan) et que je ne peux donc pas me prononcer sur la traduction française du roman, publiée chez Jacqueline Chambon en 2012.

Marc Pastor, La mala mujer, RBA, 2009. 

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