Certaines n’avaient jamais vu la mer de Julie Otsuka

imgresDeux choses m’ont attiré dans ce roman de Julie Otsuka : le bandeau « Prix Femina Etranger 2012  » (simple, mais efficace) et le fait qu’elle s’intéresse à une partie de l’histoire rarement traitée.

Dans Certaines n’avaient jamais vu la mer, elle nous mène à la rencontre de ces japonaises qui, au début du XXe siècle, ont décidé de traverser l’Océan Pacifique pour se marier aux Etats-Unis avec un homme choisi sur photo chez une marieuse. Entre la traversée difficile, la première rencontre décevante avec le mari et le travail éreintant, Certaines n’avaient jamais vu la mer est surtout le compte-rendu d’une grande désillusion.

Avant toute chose, il faut noter l’utilisation du « Nous » comme narrateur durant l’ensemble des 8 chapitres. Ce procédé, assez déstabilisant au début, rend la lecture très dynamique, les souvenirs des différentes protagonistes s’entre-mêlent pour ne donner qu’un ensemble cohérent. Comme si toutes les histoires étaient les mêmes, quelque soit la femme et sa destinée personnelle. Ce qui a aussi tendance à dépersonnaliser ces femmes… Julie Otsuka s’intéresse parfois à un événement particulier de la vie d’une japonaise pour ne plus jamais la citer par la suite. Ce qui compte, c’est le destin commun de ces immigrantes venues vivre le rêve américain. Et quelle déception ! Le mari n’est jamais celui qu’elles croyaient, elles vivent dans la misère, elles accouchent d’enfants à qui elles feront rapidement honte et puis, bien sûr, il y a la guerre. Plus de vingt ans après leur arrivée, on les regarde toujours de travers, et cela ne fait qu’empirer : seraient-ils des espions envoyés par le gouvernement nippon ? Partout, des japonais disparaissent sans laisser de trace et plus aucun immigré n’ose fredonner une chanson dans sa langue maternelle.

Le table des matières en dit d’ailleurs long sur l’ouvrage, chaque chapitre sonnant comme une sentence : Bienvenue, mesdemoiselles japonaises ! – La première nuit – Les Blancs – Naissances – Les enfants – Traîtres – Dernier jour – Disparition.

« Certaines d’entre nous n’avaient mangé toute leur vie durant que du gruau de riz et leurs jambes étaient arquées, certaines n’avaient que quatorze ans et c’étaient encore des petites filles. Certaines venaient de la ville et portaient d’élégants vêtements […]. Certaines descendaient des montagnes et n’avaient jamais vu la mer. »

Certaines n’avaient jamais vu la mer est un témoignage saisissant de cette partie de l’histoire si peu abordée, accentué par l’écriture très sobre de Julie Otsuka qui ne sombre jamais dans le pathos malgré le sujet traité. Un livre qui se lit vite mais qu’on oublie pas de si tôt !

Julie Otsuka, Certaines n’avaient jamais vu la mer, Phébus, 2012.

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