Block 46 de Johana Gustawsson

« Le gars du train avait raison. C’était bien l’enfer qui les attendait au bout de ce long voyage. Mais un enfer organisé. »

Buchenwald, 1944. Erich débarque dans l’un des camps de concentration les plus tristement célèbres de l’Allemagne nazie. Buchenwald dépasse tout ce qu’il avait pu imaginer, c’est un véritable cauchemar éveillé dont on n’échappe jamais. Chaque jour est un pas de plus vers la déshumanisation totale des détenus, mais l’envie de survivre persiste, férocement ancrée dans leurs chaires. L’espoir se présente alors sous la forme du docteur qui réclame notre ancien interne en médecine pour le block 46. On dit qu’il s’y passe des choses à la limite de l’horreur, mais si cela lui permet de survivre une journée de plus, Erich est prêt à tout.

Pour un premier roman, Johana Gustawsson frappe fort, même si le format est à la base assez classique. Block 46 est un roman choral où l’on suit deux histoires en parallèle : celle d’Erich, prisonnier à Buchenwald en 1944 et celle d’Alexis Castells dont la meilleure amie a été sauvagement assassinée à Falkenberg, en Suède, en 2014. La victime présente des mutilations très étranges : trachée arrachée, yeux énucléés et un mystérieux X gravé sur le bras. Emilie Roy, profileuse de renom, fait rapidement le rapprochement avec d’autres meurtres similaires qui ont eu lieu à Londres à une seule différence près : les cadavres londoniens étaient des petits garçons. Alors, s’agit-il d’un tueur voyageur ou de deux tueurs partageant le même goût pour le macabre ? Les deux jeunes femmes vont devoir se serrer les coudes pour élucider ce mystère.

C’est d’ailleurs un duo féminin très intéressant que nous propose l’auteur avec Emilie, une enquêtrice socialement inadaptée, et Alexis, une écrivaine spécialisée dans les tueurs en série. Loin des clichés du genre, ces deux héroïnes à l’apparence ordinaire semblent tout de même cacher un passé plus sombre qu’il me tarde de découvrir dans les prochains tomes.

Mais revenons à l’histoire ! Près de 70 ans séparent nos deux récits même si, on l’imagine, ils doivent être liés d’une manière ou d’une autre. C’est justement ce lien qui va accrocher le lecteur jusqu’à la dernière page de ce thriller, avant un soubresaut final aussi inattendu que spectaculaire. Et pourtant, Block 46 partait avec un désavantage énorme : on a tant écrit sur la seconde guerre mondiale et les camps de la mort qu’un énième roman traitant du sujet me paraissait être un pari périlleux. Mais le récit d’Erich est traité avec beaucoup de finesse et de respect pour l’histoire, sans aucun apitoiement, tout en étant presque insupportable à lire. Johana Gustawsson vous mène toujours plus loin dans l’horreur, même quand vous être persuadé d’en avoir atteint le paroxysme.

En conclusion : un rythme parfois un peu lent, mais un scénario bien rodé et un duo d’enquêtrices atypique particulièrement prometteur.

Johana Gustawsson, Block 46, Bragelonne, 2015.

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