Il reste la poussière de Sandrine Collette

Dans une vieille estancia des steppes de Patagonie, une famille tente de maintenir son petit élevage familial à l’aube des grands domaines d’exploitation. Dans un monde inhospitalier où l’on survit plus que l’on ne vit, Sandrine Collette dresse le portrait acerbe d’une mère et de ses quatre fils.

Un équilibre précaire basé sur la peur maintient les garçons sous le joug de cette mère qui les élève comme on dresse des animaux juste bons au travail : en faisant abstraction des sentiments. Mais un jour, pressée par les dettes qui s’accumulent, la mère prend une décision qui changera à jamais la vie de tous les occupants de la ferme.

Mais avant cela, l’auteur nous mène à la rencontre de tous les protagonistes de ce huis clos. D’abord, les jumeaux Joaquim et Mauro, aussi costauds que mauvais, puis Steban, dit le débile car il ne parle plus, ou si peu, et enfin Raphael. Raphael est le petit, celui qui est arrivé quand on ne l’attendait plus et qui en paye tous les jours les conséquences. Et malgré ça, malgré le dédain et la brutalité de ses aînés, il reste la seule bouffée d’air frais de l’estancia, le dernier à penser que demain sera peut-être meilleur.

Alors, bien sûr, il y a la beauté de ces terres sauvages, l’immensité des plaines argentines et le frisson des courses de chevaux. Mais cela ne suffit pas à compenser une vie entière de travail éreintant sans autres récompenses que les reproches de la mère.Et puis, un soir, c’est l’humiliation de trop. Elle joue l’un de ses fils au poker, et le perd. Ce sera le point départ d’une série d’événements qui lui feront perdre le contrôle qu’elle pensait avoir sur les trois garçons encore sous son toit.

Le travail de l’auteur sur la psychologie des personnages est déroutant de réalisme. Chacun est travaillé avec minutie et justesse. Celui de la mère en particulier est de loin le plus froid et le plus cruel. Endurcie par des années de travail inhumain pour survivre, elle est aussi féroce que la terre qu’ils essayent péniblement de dompter.

« Elle les déteste tout le temps, tous. Mais ça aussi c’est la vie, elle n’a pas eu le choix. Maintenant qu’ils sont là. Parfois elle se dit qu’elle aurait dû les noyer à la naissance, comme on le réserve aux chatons dont on ne veut pas ; mais voilà il faut le faire tout de suite. Après c’est trop tard. Ce n’est pas qu’on s’attache : il n’est plus temps, c’est tout. »

L’écriture joue un rôle important dans Il reste la poussière. Brusque et directe, elle offre au récit un rythme assez lent car il y a peu de rebondissement, mais contribue mot après mot à l’ambiance malsaine, et complètement addictive, du roman. Le talent de l’auteur réside ici dans cette capacité à décrire tous les non-dits qui dominent les relations familiales. La tension monte et nous tient en haleine jusqu’au dénouement final, inévitable. Il reste la poussière est un roman noir extrêmement bien construit qui vous emportera, au delà de la violence, au coeur de la haine.

Sandrine Collette, Il reste la poussière, Editions Denoël (Sueurs froides), 2016.

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