Trainspotting de Irvine Welsh

511r-nwd1LL._SX301_BO1,204,203,200_Trainspotting n’est pas qu’un pamphlet contre la drogue, c’est surtout un portrait à l’acide d’une jeunesse écossaise qui ne se reconnaît pas dans les modèles imposés par une société qui la renie. Désabusée, elle se noie dans l’alcool et la drogue pour fuir une misère sociale de plus en plus pesante.

Une bande d’amis tente de nous présenter cette Édimbourg des années 90, gouvernée par le chômage et la violence : Rent est persuadé qu’il peut décrocher quand il veut, Spud est d’une naïveté touchante et cherche toujours le bon côté des choses, Sick Boy se veut philosophe face à un avenir peu prometteur tandis que Tommy essaye de sortir ses amis de leur enfer, jusqu’au jour où il touche lui-même à la drogue.

Ils sont tous autant d’exemples d’une génération qui a brûlé sa jeunesse par les deux bouts et qui commence tout doucement à en réaliser les conséquences. Tous les moyens sont bons pour trouver l’argent nécessaire à leur addiction : vols, emprunts, arnaques ou supplications. Entre les matchs de foot, les bad trips et les soirées beuveries, ils se remettent continuellement en question. Certains tentent même plusieurs fois de se sevrer, mais terminent souvent une seringue au bout du bras. Cela leur permet de ne plus se tracasser, de ne plus se poser de question, de concentrer toute leur attention sur une seule chose : la prochaine dose. Et, en filigrane, la crainte de plus en plus présente du sida qui fait des ravages chez les toxicos d’Écosse.

« La société invente une logique compliquée et fallacieuse pour absorber et transformer les gens dont le comportement dévie du courant général. Supposons que j’évalue tous les pour et les contre, que je sache que ma vie sera courte et que je sois sain d’esprit et tout mais que je veuille toujours me droguer ? Ils ne te laisseront pas faire. Ils ne te laisseront pas faire parce que c’est le signe de leur propre échec. Le fait que tu choisisses de simplement rejeter ce qu’ils ont à t’offrir. Choisis-nous. Choisis la vie. Choisis les plans d’épargne-logements ; choisis d’être dans un divan devant des programmes qui t’engourdissent la cervelle et émiettent ton esprit pendant que tu te bourres la bouche de saloperies. Choisis donc de partir en couilles, à l’hospice, baigné par ta pisse et trônant dans ta merde, embarrassant boulet aux pieds des morveux égoïstes que tu as mis au monde. Choisis de vivre. »

Et pourtant, sous cette immense couche de cynisme, l’envie de vivre est là.

Particularité du roman : le narrateur change en fonction des chapitre et Irvine Welsh passe de la première à la troisième personne du singulier avec une facilité déconcertante (nous, un peu moins). L’écriture de Irvine Welsh prend aux tripes. Elle est la force de ce livre. Les dialogues sont cinglants, bourrés d’humour et d’auto-dérision. En plus de ça, les personnages de Rent, Spud, Sick Boy et Tommy sont extrêmement réussis. Il y a tant d’humanité dans leurs façons de voir le monde que l’on ne peut que se reconnaître dans certaines situations.

Les mots me manquent probablement pour expliquer le coup de poing littéraire que représente Trainspotting. C’est le genre de roman dont on ne sort pas indemne.

J’avais aimé le film, j’ai adoré le livre.

Irvine Welsh, Trainspotting, Points, 2011.Coup de coeur

Publicités

3 réflexions sur “Trainspotting de Irvine Welsh

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s